Miraculée

Avertissement : l’histoire qui suit est tirée d’une véritable consultation de Vet’in Vienne, survenue il y a un peu plus d’un an maintenant. Pour des raisons de secret médical, le nom de la chienne comme celui des propriétaires ont été modifiés !

Fidji est un teckel à poil dur. Une jolie petite femelle de 8 ans, qui n’a jamais chassé de sa vie, mais qui part en promenade tous les week-ends avec le patron et la patronne. Elle ne s’éloigne jamais bien loin et n’a jamais été agressive, que ce soit avec les humains ou les chiens qu’elle croise. Alors, pendant ses promenades, Fidji est en liberté.

Seulement, ce jour-là, un jour froid de janvier, Fidji a rencontré un chien. Un gros chien.

Elle sait se défendre quand il le faut, Fidji, mais ses 8 kilos n’ont pas pesé beaucoup face à 30 kilos de muscles et d’agressivité. M. et Mme Martin, paniqués, ne peuvent pas intervenir face à ce molosse qui attrape leur chienne dans sa gueule avec une facilité épouvantable. Aucun maître en vue, personne pour rappeler ce chien surgi de nulle part comme dans un cauchemar. De toute façon, en quelques secondes, tout est fini : complètement paniquée, Fidji se met à courir comme jamais elle n’a couru, droit devant dans la forêt, espérant semer son assaillant.

Pendant des heures, ses maîtres l’appellent. Ils ne savent pas si elle est loin, ils ne savent pas dans quelle direction elle a couru, ils ne savent même pas si l’autre chien a réussi a la rattraper. Il ne sont sûrs que d’une chose : lorsqu’elle a disparu, Fidji saignait. Beaucoup.

La nuit tombe tôt en hiver. Impossible de continuer les recherches. La mort dans l’âme, les maîtres de Fidji rentrent chez eux, avec pour seul espoir ténu leur numéro de téléphone, inscrit sur le collier net enregistré dans la puce électronique de Fidji. Si seulement quelqu’un pouvait la retrouver…

Les jours passent. Un, puis deux, puis toute une semaine. L’espoir disparaît petit à petit. Les températures tombent en dessous de zéro chaque nuit. Blessée et affaiblie, Fidji ne peut pas avoir survécu.

La résignation est amère.

Et puis, après 8 jours, un coup de téléphone.

Une dame retraitée, qui habite de l’autre côté de la forêt où Fidji a disparu, a retrouvé une chienne dans son jardin ce matin. Le cœur battant, le patron et la patronne sautent dans la voiture, sans oser y croire vraiment. Et pourtant, à l’arrivée, pas de doute,  c’est bien Fidji. Couverte de boue, tremblante de froid, méconnaissable après avoir perdu plusieurs kilos, mais vivante.

Seulement, elle n’est pas encore tout à fait tirée d’affaire : sur son dos, toute une partie de la peau a été déchirée, laissant une plaie énorme et purulente. Quand elle la prend dans ses bras pour la ramener à la maison, Mme Martin a peur de lui faire mal. Leur premier réflexe est de téléphoner à leur vétérinaire habituel, même si on est le week-end. Heureusement, un service de garde leur répond. Le vétérinaire va intervenir directement à leur domicile, ils n’ont plus qu’une quarantaine de minutes à attendre.

Lorsque le vétérinaire arrive, son pronostic est réservé : la plaie est vraiment très étendue, et l’infection colle une fièvre carabinée à cette pauvre chienne. Très vite, il expose la situation à M. et Mme Martin : l’anesthésie est indispensables, mais elle comporte des risques indéniables : en clair, oui, il existe un risque, faible, pour que Fidji, très affaiblie, ne se réveille pas. Et puis, est-ce qu’elle se remettra bien de l’opération, est-ce que cette vieille cicatrice arrivera à se refermer ?

Tout est mis en place pour limiter le danger : perfusion intraveineuse, Fidji est enveloppée dans un cocon de douceur et de chaleur, dans sa maison, pendant toute la chirurgie. Couverture antibiotique, anti-inflammatoire, morphinique… L’intervention est longue, forcément, mais à la fin la plaie est bien refermée et d’aspect nettement plus propre. C’est maintenant le moment critique du réveil. Le vétérinaire préfère prévenir M. et Mme Martin, après le choc de sa blessure, plus plusieurs jours de jeûn et enfin cette opération… Il faut s’attendre à ce que Fidji émerge très, très lentement de son sommeil artificiel.

Il n’a pas tout à fait le temps de finir sa phrase.

M. Martin écarquille les yeux et pointe du doigt le panier où il a couché Fidji après la chirurgie, et qui se trouve dans son dos.

– Mais… Mais elle est en train de se lever !

Le véto en croit à peine ses oreilles, mais quand il se retourne il est bien obligé d’admettre que Fidji est (déjà) en train de se redresser, un peu chancelante, sur ses pattes tremblantes. Il ne parvient pas à retenir un sourire.

– Vous savez, finalement, je crois que ça va très bien se passer pour elle à partir de maintenant.

 

 

 

Photo credit: Håkan Dahlström on Visual hunt /  CC BY

 

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