Piroplasmose : comment la reconnaître ?

DJ est un Jack Russell de 10 mois sur lequel une tique a été retirée avant-hier. Aujourd’hui, il est fatigué, manque d’entrain et d’appétit. C’est presque difficile de le convaincre de se lever pour partir en promenade, lui qui est intenable dès qu’il voit son collier d’habitude !

Sultan est un Berger Allemand de 8 ans. Lors de la dernière sortie, son propriétaire a remarqué que ses urines avaient une drôle de couleur, plus foncée que d’habitude, presque comme du marc de café. Il semble un peu moins en forme que d’habitude, mais bon, il fait parfois des poussées d’arthrose, alors on ne s’en inquiète pas plus que ça.

Câlinette est une Bichon de 4 ans qui était en pleine forme vendredi soir. Puis  son état a semblé se dégrader au cours du week-end… Dimanche soir, elle est couchée sur le côté, très essoufflée, incapable de se relever. Ses maîtres appellent le service d’urgence en panique.

Le point commun de ces trois chiens ? Ils ont fait la connaissance infortunée d’un micro-organisme en forme de poire, que l’on appelle communément piroplasme ou (moins communément !) Babesia.

Comment mon chien peut-il avoir attrapé la piroplasmose ?

Le parasite de la piroplasmose est transmis par une tique lorsqu’elle se nourrit sur un chien (ou autre animal, cheval, vache… la piroplasmose est cependant rarissime chez le chat à nos latitudes). En général, on considère que la tique transmet le piroplasme en fin de repas, donc après un accrochage d’environ 48 heures en moyenne sur le chien. Cependant, il n’y a pas de règle absolue à ce sujet, et une tique qui vous semble de petite taille au moment du retrait peut parfaitement avoir déjà passé de longues heures sur votre compagnon… Et surtout, il est très fréquent de ne pas voir les tiques, surtout sur les chiens à poils longs, drus et sombres ! Autrement dit, n’attendez pas de voir une grosse tique gorgée de sang pour suspecter une piroplasmose…

Et la tique elle-même, comment se retrouve-t-elle sur votre chien ? Les tiques sont de redoutables prédatrices. Dissimulées à hauteur de chien dans l’environnement, sur un brin d’herbe ou une branche, elles repèrent le CO2 qu’expire votre animal… Ou que vous expirez ! Dès qu’elles détectent une proie potentielle, elles rampent à toute allure vers lui pour lui grimper dessus, avant de trouver une zone propice (où la peau est fine) pour se gorger de son sang. Sympathique, n’est-ce-pas?

Vrai ou faux : en hiver, mon chien ne craint rien parce que les tiques sont toutes mortes ?

Certes, les tiques supportent très mal les très grands froids. Mais il ne fait pas -20°C tout l’hiver, bien loin de là ! Si le risque est maximal en automne et au printemps, des cas de piroplasmose surviennent également en hiver comme en été.

Que faire pour lui éviter la maladie ?

Il existe deux stratégies : éviter les morsures de tiques en traitant votre chien avec des produits qui empêchent celles-ci de s’accrocher ou qui les tuent très rapidement, ou essayer de tuer le parasite de la piroplasmose lui-même grâce à un vaccin dédié. Utiliser une approche ne dispense pas forcément de l’autre, surtout dans une zone géographique comme la nôtre où la piroplasmose est une maladie très répandue. Parlez-en à votre vétérinaire traitant !

A noter : un chien atteint de piroplasmose ne peut pas transmettre directement la maladie à un congénère. La tique est un intermédiaire obligatoire.

Pourquoi l’état de mon chien s’est-il dégradé aussi vite ?

Une fois injectés par la tique, les piroplasmes se retrouvent directement là où ils sont le mieux : dans le sang de votre chien. C’est là qu’ils trouvent les globules rouges où ils sont « phagocytés » (autrement dit, mangés par la cellule). Une fois à l’intérieur, chaque parasite va se multiplier de façon asexuée, jusqu’à faire tout simplement éclater le globule rouge !

La maladie provoque donc une anémie dite « hémolytique » (par destruction du sang). La plupart des symptômes (fatigue, manque d’appétit, fièvre…) sont liés soit directement à l’anémie, soit à la réaction immunitaire du chien qui essaie (sans succès) de se débarrasser de ces hôtes désagréables. Les urines de Sultan sont colorées par de la bilirubine, parce qu’il élimine les déchets produits par l’explosion des globules rouges. Cela donne beaucoup de travail à son foie, ce qui peut être à l’origine de nouvelles complications.

Câlinette présente une forme plus grave de la maladie, en partie parce qu’elle n’a pas reçu de traitement suffisamment vite. A un stade avancé, la piroplasmose peut entraîner des troubles graves de la coagulation ainsi de des troubles pulmonaires, rénaux, hépatiques… Dans ces cas-là, la survie est malheureusement très incertaine, et nécessite souvent des soins lourds (hospitalisation, transfusion sanguine…).

Dans tous les cas, et pour éviter d’en arriver à une situation dramatique, il est vraiment essentiel que tous les chiens pour lesquels une suspicion de piroplasmose existe soient vus en urgence, sans attendre une éventuelle dégradation !

Comment suspecter une piroplasmose ?

Les premiers symptômes ne sont pas très spécifiques : fatigue, manque d’appétit brutal et fièvre. Si vous avez un thermomètre chez vous et que votre chien coopère (attention aux morsures !), n’hésitez jamais à mesurer la température rectale en cas de doute. Au-delà de 39°C, il faut toujours appeler un vétérinaire !

Les urines colorées en marron sont un signe très visible… Quand il est présent, et quand le chien n’a pas accès librement à l’extérieur pour faire ses besoins !

Enfin si votre chien se laisse examiner l’intérieur de la bouche et que ses gencives sont roses par endroit (et non pas noir uniforme comme chez certains chiens), vous pouvez cherchez un changement de couleur de celles-ci : rose pâle et blanc marquent une anémie, alors que le jaune signale un ictère. Mais n’attendez pas de voir des muqueuses blanches pour réagir, surtout !

Attention : trouver une tique sur votre chien doit vous pousser à être particulièrement vigilants les jours qui suivent… MAIS ce n’est pas parce que vous n’en avez pas trouvé que vous ne devez pas suspecter la maladie ! Les propriétaires les plus attentifs peuvent aussi passer à côté d’une minuscule bestiole de 3 mm de long…

Que va faire le vétérinaire qui interviendra chez moi ?

Si un vétérinaire de notre équipe suspecte une piroplasmose, il cherchera peut-être à effectuer un prélèvement d’urine, soit par sondage, soit par miction naturelle, pour chercher la présence de bilirubine à l’aide d’une bandelette urinaire.

L’examen de choix pour détecter les piroplasmes avec certitude consiste à prélever une simple goutte de sang au niveau de l’oreille, à l’étaler sur une lame de microscope (c’est ce qu’on appelle faire un frottis sanguin), puis à colorer cette lame avec des produits spécifiques avant de l’examiner au microscope. Nos vétérinaires ne pouvant pas transporter un microscope en plus de tout leur équipement, celui ou celle qui interviendra chez vous peut vous proposer de réaliser le frottis sanguin, avant de vous confier la lame de microscope. Vous pourrez alors la remettre à votre vétérinaire traitant à sa réouverture, et celui-ci pourra choisir de l’examiner pour confirmer le diagnostic.

Et en attendant ? Bien entendu, on n’attend pas sans rien faire ! Il existe un traitement pour la piroplasmose, qui est heureusement très efficace (tant qu’il y a peu de complications) : l’imidocarbe. Il a peu d’effets secondaires, le vétérinaire intervenu chez vous en urgence n’hésitera donc pas à démarrer le traitement suite à une forte suspicion clinique, dès que les prélèvements nécessaires auront été effectués. Par contre, mieux vaut être prévenu, l’injection unique a un inconvénient regrettable : elle pique fort ! La douleur ne dure que quelques secondes en général, mais attendez-vous à voir votre chien couiner sur le coup, malheureusement…

A retenir sur la piroplasmose :

  • La prévention est toujours préférable au traitement

  • En cas de suspicion de piro, n’attendez JAMAIS pour contacter un vétérinaire en urgence, la maladie ne ferait que se compliquer !

 

Pour nous contacter 24h/24, y compris les jours fériés, un seul numéro :
04 74 530 530 !

 

Sources :

Review – Canine babesiosis: from molecular taxonomy to control
Peter J Irwin

A review of canine babesiosis: the European perspective
Laia Solano-Gallego, Ángel Sainz, Xavier Roura, Agustín Estrada-Peña, and Guadalupe Miró

Prognostic Markers in Acute Babesia canis Infections 
R.M. Eichenberger, B. Riond, B. Willi, R. Hofmann‐Lehmann, P. Deplazes

https://www.bsava.com/Resources/Veterinary-resources/Scientific-information/Babesia-canis

 

Crédits photo :

Photo credit: Nottingham Vet School on VisualHunt.com /  CC BY-NC-SA

 

1 réflexion sur « Piroplasmose : comment la reconnaître ? »

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